Le préfixe « dys » dans le mot « dyslexie » a le sens de mauvais fonctionnement et ‘lexie’ celui de « lecture ». Mis ensemble, « dys » et « lexie » signifient donc un mauvais fonctionnement de la lecture. Le mot « dysorthographie », désigne pour sa part des difficultés avec l’orthographe des mots, c’est-à-dire les difficultés à épeler et à écrire les mots correctement. Dans l’acquisition du langage écrit, les difficultés en lecture s’accompagnent toujours de difficultés en écriture. Dans le langage courant, le mot « dyslexie » est souvent utilisé pour désigner de façon abrégée les difficultés qui affectent à la fois l’acquisition de la lecture et de l’écriture. Pour être plus exacts, les spécialistes utilisent le terme « dyslexie-dysorthographie ».

Qu’est-ce que la dyslexie ?
Qu’est-ce que la dyslexie ?

Toute personne qui présente des difficultés d’apprentissage de la lecture ou de l’écriture n’est pas forcément dyslexique-dysorthographique. Comme dans la maladie d’Alzheimer, toute personne qui présente des problèmes de mémoire ne souffre pas forcément de cette maladie. Dans le langage courant, quand on entend des personnes dire «  je fais de l’Alzheimer » ou je fais de la « dyslexie », on comprend qu’ils utilisent ces mots pour désigner des difficultés temporaires qui ressemblent à celles qu’éprouvent les personnes qui souffrent de l’Alzheimer ou qui sont dyslexiques.

En milieu clinique, les spécialistes ne peuvent pas se contenter de définitions aussi larges et doivent s’entendre sur des critères diagnostics qui font consensus au sein de la communauté des cliniciens et des chercheurs. Bien que la définition de la dyslexie-dysorthographie varie quelque peu selon les cultures, les milieux scientifiques et les pays, les spécialistes de l’acquisition du langage écrit s’entendent néanmoins sur deux critères diagnostics fondamentaux. Pour poser un diagnostic de « dyslexie-dysorthographie », le clinicien doit être en mesure de montrer que les difficultés d’apprentissage du langage écrit éprouvées par son patient sont à la fois primaires et spécifiques.

Le qualificatif « primaire », indique que les difficultés de l’enfant ne peuvent pas s’expliquer par une, ou plusieurs conditions, qui pourraient entraver l’acquisition du langage écrit. Par exemple, une déficience intellectuelle, une maladie neurologique, un désordre psychologique, un trouble comportemental, un trouble de l’audition ou de la vision, un traumatisme physique ou psychologique, ou encore un manque de scolarisation, sont tout autant de conditions qui peuvent nuire à l’enfant dans son acquisition de la lecture et de l’écriture.

Si l’évaluation de l’enfant révèle la présence de l’une ou l’autre de ces conditions, l’orthophoniste ne peut pas conclure à une dyslexie-dysorthographie puisque les difficultés de l’enfant sont potentiellement secondaires à l’une ou l’autre de ces conditions. Autrement dit, pour établir que les difficultés en langage écrit de l’enfant sont bel et bien « primaires » le clinicien doit pouvoir écarter toutes les autres causes qui pourraient expliquer ou contribuer à ses difficultés d’apprentissage en langage écrit.

Pour rencontrer le deuxième critère diagnostic, le clinicien doit être en mesure de montrer que les difficultés d’apprentissage de l’enfant sont spécifiques au langage écrit, c’est-à-dire qu’elles n’affectent pas son apprentissage du langage oral. L’orthophoniste doit donc procéder à une évaluation approfondie des habiletés en langage oral afin de vérifier que le langage oral se développe normalement. Si l’enfant présente des difficultés en langage oral, ses difficultés ne sont pas spécfiques et ici encore, l’orthophoniste ne peut pas conclure à une dyslexie-dysortographie.

Une fois que le clinicien a établi que le trouble est à la fois primaire et spécifique, il doit comparer les performances de l’enfant en lecture et en écriture à celles des enfants du même âge. Pour que le clinicien puisse poser le diagnostic de dyslexie-dysorthographie, l’enfant doit présenter un retard de dix-huit mois à deux ans par rapport aux enfants de son âge.

Un retard de deux ans signifie par exemple qu’à l’âge de 9 ans, l’enfant obtient des scores en lecture et en écriture comparables à ceux d’un enfant âgé de 7 ans. Comme l’apprentissage de l’écrit dans nos écoles débute autour de l’âge de six ans et qu’on doit compter un an d’apprentissage pour être en mesure de tester le niveau de lecture d’un enfant, le diagnostic de dyslexique-dysorthographie ne peut cliniquement pas être posé avant l’âge de 9 ans. Il est toutefois possible, et fortement recommandé, de procéder dès la maternelle à un dépistage des enfants qui sont à risque de présenter des difficultés dans l’apprentissage du langage écrit afin d’intervenir rapidement auprès de ces enfants.
En résumé, pour conclure à un diagnostic de dyslexie-dysorthographie, l’orthophoniste doit évaluer en profondeur les habiletés de l’enfant en langage oral.

Elle doit aussi s’assurer par des examens complémentaires effectués par d’autres spécialistes de disciplines connexes, que les difficultés de l’enfant ne s’expliquent pas par l’une ou plusieurs des conditions énumérées plus haut. Les deux mots, primaire et spécifique rerprésentent donc les bases fondamentales de la définition de la dyslexie-dysorthographie. Vérifier que les difficultés en langage écrit de l’enfant sont primaires et spécifiques nécessite une évaluation exhaustive des capacités cognitives et langagières de l’enfant. Les parents ne seront donc pas surpris par l’étendue des tests que l’enfant devra subir avant que l’équipe mutlidisciplinaire soit en mesure de déterminer si les difficultés en langage écrit de leur enfant répondent bien aux critères diagnostics de la dyslexie-dysorthographie.